Incompatibilité

Type : Nouvelle publiée en fanzine
Genre du recueil : Fanzine sensuel
Couverture : Stéphane Sabourin
Parution : été 2013 / L’armoire aux épices
Format : papier

Sommaire :

  • A coeur percé (Nadège Ancoly)
  • Poule mouillée (Yan Braisaz)
  • Fille du désert (Magali Lefebvre)
  • Canines câlines (Stéphane)
  • Un appétit de loup (Luce Basseterre)
  • Incompatibilité (Patrice Verry) Lire un extrait
  • Au clair de la lune (Elikya)

« Grand-mère, que tu as de grandes dents… » Qui ne se souvient pas de ces paroles ?
Issus des anciens folklores, contés depuis l’Antiquité, les monstres de la nuit n’ont peut-être jamais été autant à la mode et populaires ! Il était évident qu’un jour ou l’autre, une nuit plutôt, Piments & Muscade vous entraînerait sur leurs traces. Pour ce premier numéro qui leur est dédié, nos auteurs se sont concentrés sur les lycanthropes et les vampires, afin de jouer avec les clichés ou au contraire de les contourner. Griffues et poilues, leurs créatures ont un point commun : un délectable appétit… pour les épices !

Au sommet de la colline, nus sous les rayons de la pleine lune, le loup-garou et la femme vampire s’observent, indécis.
— Si je t’embrasse, je te mords, dit-elle avec gêne.
— Et si je te caresse, je te griffe, rétorque-t-il.
Le silence qui suit en dit long sur leur consternation. Aucun d’eux n’ose faire un pas de plus. Les trilles d’un engoulevent surpassent un court instant les murmures de la forêt proche, mais le dialogue familier des êtres nocturnes ne suffit pas à apaiser leur tension.
L’odeur du fauve enveloppe Shaïtane de ses effluves sauvages, comprimant sa poitrine en un désir irraisonné. Elle entrouvre les lèvres, écarquille les yeux, prête à bondir au mépris de toute prudence. Son corps se contracte pour franchir la distance qui la sépare d’Erwan. Pourtant, elle ne bouge pas, relâche son souffle bloqué. Le loup-garou suit avec intérêt le mouvement de ses seins dont les mamelons dressés trahissent l'excitation. Un reste de pulsions humaines se mêle à la soif bestiale de posséder cette femelle, quelle qu’en soit la race.
Avec envie, Shaïtane lorgne la virilité de l’homme-animal, à demi érigée en direction de son ventre, comme attirée par un aimant. En dépit de la fourrure rousse qui masque son corps et une bonne partie de son visage, elle ne peut s’empêcher de le trouver beau. Les longues griffes qui prolongent ses doigts et ses orteils constituent, en revanche, un danger non négligeable. S’ils décidaient de s’unir malgré tout, ces griffes-là pourraient bien lui ouvrir le ventre dans le feu de l’action, sans qu’Erwan ne s’en rende compte. Maîtrise-t-on ses gestes quand on est dominé par la passion ?
S’il s’agissait d’un combat, ils s’affronteraient sans doute avec une puissance comparable. Shaïtane n’a aucune envie de le vérifier. L’amour, son amour, ne saurait s’achever dans un bain de sang !